L'encre de Chine est un médium fascinant qui exige à la fois maîtrise et lâcher-prise. Chaque trait posé sur la toile est un dialogue entre l'intention et l'imprévu, entre la structure et la fluidité. C'est dans cet espace de tension créative que naissent mes compositions les plus expressives.
Quand je travaille à l'encre, je commence toujours par un moment de contemplation. La toile blanche n'est pas un vide à remplir, mais un espace de possibilités infinies. Le premier geste est toujours le plus important — il donne le ton, la direction, l'énergie de toute la composition.
La particularité de l'encre de Chine, c'est son irréversibilité. Contrairement à la peinture à l'huile qu'on peut retravailler indéfiniment, l'encre ne pardonne pas. Chaque marque est définitive. Cette contrainte, loin de me limiter, me libère.
Au fil des années, j'ai appris à danser avec l'encre plutôt que de la contrôler. Je prépare mes surfaces, je choisis mes outils — pinceaux larges, bambous taillés, parfois mes propres mains — puis je laisse l'encre et la gravité collaborer avec mon geste.
Les résultats sont toujours surprenants. Des formes émergent que je n'avais pas anticipées, des textures se créent dans les superpositions de couches. C'est cette part de mystère qui rend chaque séance en atelier si passionnante.
L'encre de Chine me rappelle constamment que l'art n'est pas une question de perfection mais de vérité. La beauté naît dans l'authenticité du geste, dans l'honnêteté de l'expression.