Entre geste et silence — ma démarche artistique

Il y a dans l’acte de peindre un moment où la pensée s’efface. La main prend le relais, guidée par quelque chose de plus ancien, de plus profond que l’intention. C’est dans cet espace — entre le geste et le silence — que mon travail prend naissance.

Je ne cherche pas à représenter le monde visible. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se tient en dessous : les courants souterrains de l’émotion, les paysages intérieurs que nous portons tous sans toujours les voir. L’encre de Chine est mon médium de prédilection parce qu’elle ne triche pas. Elle coule, elle s’installe, elle révèle. Chaque trait est définitif — il n’y a pas de retour en arrière, seulement la possibilité de transformer l’accident en intention.

Les pigments, eux, apportent la couleur comme un murmure. Ils ne s’imposent pas : ils dialoguent avec le noir, créent des tensions, des harmonies inattendues. Je les travaille en couches successives, laissant chaque strate respirer avant d’accueillir la suivante. C’est un processus lent, proche de la méditation. Le temps fait partie de l’œuvre autant que la matière.

Pierre Soulages m’a appris que le noir n’est pas une absence. C’est une lumière, une force, un mystère. Quand je regarde une surface noire, je n’y vois jamais le vide — j’y vois des profondeurs infinies, des vibrations subtiles, tout un monde qui attend d’être contemplé. Mon travail est une invitation à cette contemplation.

Chaque œuvre est un voyage. Je ne sais jamais exactement où elle me mènera. Mais c’est précisément cette incertitude qui donne au geste sa justesse — et au silence, sa profondeur.

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